A Propos

Gilles de Beauchêne, photographe-compositeur

La photographie, art de la composition ? Alors l’œuvre personnelle de Gilles de Beauchêne, qu’il conduit parallèlement à ses travaux de photographe de publicité, peut être tenue pour la photographie même ! A condition d’entendre par composition une création – comme la composition musicale est l’art de créer des architectures sonores.

Gilles invente un espace en le peuplant d’éléments matériels ou végétaux qu’il façonne et assemble lui-même comme un artisan ou qu’il fait fabriquer, parfois au bout du monde. Démiurge en chambre (obscure), il raconte une histoire, exalte toutes les puissances d’imagination et propose un spectacle. Il ne regarde pas, il créé une image. Et ses images nous regardent : admirez dans certains de ses portraits le regard des modèles qui vous dévisagent et vous enveloppent.

Son univers est une scène, un laboratoire de métamorphoses et d’hybridations. C’est un monde à part entière avec sa machinerie, ses décors, ses troupes qui montent à l’assaut des modèles (coiffeuse, maquilleuse, styliste …). Chaque cliché, œuvre palimpseste, passe à l’alambic du photoshop et des superpositions d’images.

D’où une magnifique et vigoureuse impression de théâtralité, un soin scrupuleux pris à monter autant qu’à montrer, à mettre en scène aussi bien qu’à donner à penser. L’image finale, fresque narrative, est la résultante d’un assemblage, comme un grand puzzle au dessin un peu baroque. Les détails et les éléments du décor – ici un billet de banque de Mandchourie, là une branche de prunus de Thaïlande, un insecte, un jouet d’enfant, une perle … – concourent à la beauté et à l’équilibre de l’ensemble.

L’univers de Gilles baigne dans un réalisme fantastique et forme un cirque magique. Cavalière chevauchant un hippocampe, individus mâles exhibés sous verre comme des trophées d’un muséum d’histoire naturelle et attaqués par des mantes religieuses, ours polaires abattus par des Amazones du froid, ou encore héros de l’Union soviétique en pleurs : nous sommes de plain-pied dans le monde du rêve, du paranormal, des univers parallèles et pourtant proches, si proches de la « vraie » vie !

Voici scellée une nouvelle alliance entre la peinture, la sculpture, la bande dessinée, la chorégraphie, la scénographie, les arts déco … A travers un certain vertige visuel toujours maîtrisé et de subtils messages politiques ou existentiels, l’artiste ici nous fait voir et écouter le chant du monde et l’histoire des hommes de notre temps.

David Brunat

Gilles de Beauchêne est un photographe de l’imaginaire, qui flirte en permanence avec le réel. Avec une alchimie subtile, et une maîtrise technique impressionnante, il nous ouvre, à chaque photographie, une lucarne magique dans son monde. S’inspirant des univers fantastiques de Tolkien, Burton ou Bilal, plongeant dans l’esthétique des jeux vidéos et des bandes dessinées, jouant en permanence entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Il met en scène des personnages imaginaires, fées, hippocampes et femmes à multiples facettes, dans un univers décalé pour les rendre presque réels.

Dessinant toujours ses scènes avant de les photographier, Gilles de Beauchêne travaille ensuite avec un model maker pour développer ses décors. Perfectionniste jusqu’au ‘boutisme’, utilisant la lumière avec talent, il nous invite alors dans ses mondes et nous cherchons à entrer dans la vie de ces personnages extrêmes, qui vivent au-delà du rêve et vont au bout de leurs désirs et de leurs fantasmes.

Sa photographie s’enrichit en permanence par le travail qu’il effectue pour de grandes maisons où l’exigence et l’élégance dominent, telles que: Hermès, Fred Joaillier, Cognac Hennessy, Château d’Yquem, HSBC Private Bank, Nehaus, Grey Goose. Ces commandes, loin de brider sa créativité, lui ont permis d’étoffer encore ses mondes imaginaires.

Parcours
Gilles de Beauchêne est né le 10 juillet 1964. Après avoir travaillé comme informaticien au CNRS, sa passion de la photographie, qui a commencé à 14 ans, le rattrape et il s’inscrit à l’Ecole EFET en cours du soir. A la fin de ses études après six mois d’assistanat, il créé son propre studio. Travailleur acharné, en éveil sur l’évolution technologique en marche, il apprend par lui-même les logiciels de traitement photo.

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